Quotidien, Voyage

Expatriée

Au cours des conversations que je peux avoir avec les personnes qui m’ont connu alors que je vivais en France, je sens parfois comme un décalage, une incompréhension. De fait, l’expatriation est, la plupart du temps pour eux, une grande inconnue.

On me demande très souvent si je visite beaucoup, fait beaucoup de tourisme. Mais la vérité, c’est qu’être expatriée ne fait pas de moi une touriste à temps plein. D’autant plus qu’avec mon agoraphobie, j’ai tendance à éviter consciemment les lieux très touristiques, ou très peuplés. Mon quotidien n’a rien de bien différent de celui que j’avais en France. C’est seulement l’environnement autour qui est un petit peu différent. Des nouvelles villes, des nouvelles personnes, de nouvelles règles.

On me demande aussi si je suis française ou allemande. Sur cette question, je botte en touche : je suis d’ici, je suis d’ailleurs. Mes papiers me disent française, mais dans le coeur, ce n’est plus vraiment ça. Ou du moins, ce n’est plus exactement ça. Je suis un mélange. Incapable de rentrer dans une case ou l’autre, j’ai créé ma case à moi, avec des petits bouts de chaque culture. Ma culture.

On se plaint que je parle bizarrement, que je met beaucoup de mots inconnus dans mes phrases. Il est vrai que dans la parole aussi, la distinction se fait de plus en plus mince. Sur ma langue, les mots se bousculent, du français, de l’allemand, de l’anglais … souvent inconsciemment. Parfois, quand les mots peinent à venir, je prend peur : peut-on vraiment oublier sa langue maternelle ? Alors je me plonge dans la lecture, j’écoute les infos, des podcasts. Je me rassure, je me souviens.

On me trouve changé. Et c’est vrai, j’ai changé. J’ai changé de centres d’intérêts, d’opinions. Je m’intéresse beaucoup plus qu’avant à l’histoire, à la politique, à ce qui se passent dans le monde. Et je m’insurge des discours qui veulent diviser, mettre dans des cases. Non que les cases ne soient pas bénéfiques au cas par cas, on a parfois besoin de mettre des mots sur ce que l’on est. Mais je les déteste quand elles sont utilisées pour hiérarchiser, discriminer, blâmer.

On me dit : quand reviendras-tu ? Je répond : je ne suis jamais partie. Changer de pays, c’est rencontrer l’inconnu, et se rendre compte qu’il n’est au final pas différent. Mais j’ai décidément envie d’en voir plus : rencontrer d’autres inconnus, apprendre de nouvelles langues, connaître de nouvelles cultures … j’ai mis du temps avant de commencer à voyager, mais je suis maintenant avide de rattraper ce temps perdu.

Merci de m’avoir lu.

Ces quelques lignes vous parlent-elles ? Avez vous ressenti ceci en voyageant / vivant à l’étranger ?

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6 Comments

  • Reply aurelie 20 mars 2018 at 16 h 43 min

    Elodie,
    Tes mots me parlent et comment. J’ai mis longtemps à expliquer que vivre ailleurs, ce n’était pas opposer l’ici au là-bas, comme si l’un était le centre et l’autre, une situation provisoire, un satellite. Moi, j’habite chez moi et ce chez moi se trouve depuis quelques temps dans le Piémont. Ici pour moi c’est la juste distance, celle qui m’a permis de prendre le temps, de ne plus courir, de me découvrir.
    J’ai du chercher comment écrire là-bas (j’avais un doute sur l’accent) et mon clavier ne me permet pas d’écrire facilement les accents circonflexes (pardon).
    Parfois, j’ai peur d’oublier mes mots préférés et je m’émeut lorsque je lis les phrases si séduisantes d’Emmanuel Carrère. Je parle un français parfois tordu à mon petit garçon de deux ans.
    Puisqu’il faut mettre des étiquettes moi aussi j’utilise expatriée, meme si c’est en vivant ici que j’ai décidé de devenir « celle qui reste ». Peut-etre qu’il faudrait qu’on invente un nouveau mot?
    Aurélie

    • Reply Élodie 21 mars 2018 at 13 h 34 min

      Merci Aurélie pour ton petit mot ! Et je suis d’accord avec toi, « expatriée » n’est peut-être pas un mot parfait pour notre situation, la préfixe « ex- » sonne un peu négativement je trouve, alors que nous n’avons pas quelque chose en moins mais quelque chose en plus ! 😉
      Bisous xx

  • Reply Clea 8 avril 2018 at 17 h 06 min

    Je me retrouve tellement dans tes mots. Ni vraiment d’ici, ni complètement de là bas. La vie d’expat a des goûts doux amers difficile à expliquer aux gens qui n’y sont pas. Des bisous d’Australie <3

    • Reply Élodie 9 avril 2018 at 20 h 46 min

      Merci pour ton commentaire, Cléa ! Cela me fait plaisir que ce texte t’ait plu et que tu t’y retrouves en tant qu’expatriée <3

  • Reply dounia 29 avril 2018 at 18 h 01 min

    Tes mots me donnent envie 🙂 Je vais te rattraper !!!! Plus sérieusement j’ai bien aimé ton article et je compte également aller à l’étranger (Dubai) .. Plus gros changement xx

    Dounia – http://laparisienne-ek.com

    • Reply Élodie 16 mai 2018 at 12 h 39 min

      Dubai, quelle aventure ! Je te souhaite pleins de bonheurs làbas !

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