Quotidien

Un an sans contraception hormonale

8 juillet 2018

Arrêter la pilule a été une des meilleures choses que j’ai faite ces dernières années, et mes motivations originelles (que j’expliquais dans cet article) sont toujours très fortement ancrées en moi. Mais le titre de cet article est un peu trompeur car j’ai pris mon dernier petit cachet blanc en Mai 2017, et pour des raisons que je vais expliquer un peu plus tard dans cet article, j’ai pris un peu de recul en parler de nouveau ici. Car cette année passée, j’ai morflé. Et je pense pouvoir dire que je sors maintenant la tête de l’eau, même si j’ai toujours un peu peur de faire ce genre d’affirmation. Je pense avoir le recul nécessaire pour en parler. Alors aujourd’hui, on va parler de contraception, mais aussi de féminité, de santé et d’infertilité.

Arrêter la pilule, ça a été pour moi un grand sentiment de liberté. Je te l’expliquais d’ailleurs dans cet article : après 4 mois d’arrêt je faisais déjà la liste des choses positives que cela m’a apporté, ainsi que les quelques désagréments que cela a engendré. Et puis le temps a passé. Et j’ai commencé un peu plus à me focaliser sur les effets négatifs car ils ne s’estompaient pas.

Ma peau, avec laquelle je n’ai jamais eu beaucoup de problèmes, se couvrait de plus en plus d’acné. Et quand je dis cela, ce n’est pas l’acné des blogueuses avec trois boutons sur le menton en fin de cycle. Ce sont des gros boutons rouges douloureux, des boutons blancs, qui commencent à l’angle du nez et qui s’étalent sur mes joues, ainsi que sur mon menton et dans mon cou. J’ai tenté tout ce que l’on trouve sur les internets (huile de nigelle, huile essentielle de tea tree, vinaigre de cidre, aloès vera, lavande, sauge scarlée … et j’en passe), rien ne fonctionnait. J’ai même été consulter un dermatologue, et mis ses crèmes chimiques qui m’ont au final fait peler la peau.

Avoir de l’acné en étant adolescente, ça passe, avoir de l’acné quand on a 26 ans, beaucoup moins. Tout le monde autour de toi te le fait remarquer (comme si je n’étais pas au courant) et se change en dermatologue dispensant ses conseils de « as tu essayé ceci ou cela ? » ou « tu sais tu ne devrais pas percer tes boutons » mais des fois, ils me font tellement mal que je craque. J’en ai parlé à mon médecin, mais la réponse a été « c’est normal le désordre hormonal après la pilule, il faut être patiente ». Donc j’ai pris mon mal en patience et appris à mieux me maquiller, pour qu’on arrête de me poser des questions mais aussi pour me réconcilier avec mon image dans le miroir. Car c’est ma féminité qui en a pris un coup avec tous ces boutons, qui me font mal aussi bien physiquement que moralement.

Aux environs en février, j’ai remis le sujet sur le tapis car une chose clochait, en plus de l’acné, ce sont que mes règles : certes beaucoup plus supportables mais aussi beaucoup trop rapprochées (tous les 18 jours). J’ai pris à ce moment la décision de retourner chez une nouvelle gynécologue, beaucoup plus à l’écoute que la précédente et qui m’a fait une échographie sur le champs. Et le verdict est tombé : je n’ovule pas. Nous sommes le 10 de mon cycle et aucun petit oeuf n’est visible sur l’écran. Et même si les bouleversements hormonaux peuvent continuer longtemps après un arrêt de pilule, aucune ovulation après 10 mois n’est pas normal. Je suis ressortie de cet entretien les larmes aux yeux : nous avions mis enfin le doigt sur un problème concret, tout cela n’était pas normal.

Soulagement et inquiétude

Car à partir de ce point, il me faudra encore quelques mois pour avoir un début de réponse et des solutions. La piste évidente, ce sont les hormones, mais toutes mes analyses sont normales. Ma gynécologue observe néanmoins une petite hypothyroïdie, et me met sous traitement, que je prendrais obstinément pendant un mois avant de l’abandonner suite à ses effets secondaires qui devenaient compliqués à gérer. Après consultation d’un endocrinologue, puis nouvelles analyses, puis de nouveau confirmation que mes hormones vont bien, nous tentons avec ma gynécologue une solution à base de compléments naturels pour la peau, ainsi que d’un traitement hormonal léger pour stimuler mes ovaires. Tout cela, c’était le mois dernier, et cette solution semble porter ses fruits car nous avons enfin vu le premier petit ovule pointer le bout de son nez il y a une semaine sur l’échographie.

Ça et le fait que ma peau commence à s’améliorer font que, comme je le disais au début de l’article, je pense être enfin sur la bonne voie. Mais cette dernière année, en particulier ces derniers six mois, m’ont vraiment mis à rude épreuve. L’acné était une chose mais ce dernier rebondissement avec le constat de mon infertilité (certes temporaire) a été dur à gérer pour moi. D’une part car avec l’amoureux nous voulons des enfants et une échographie passée à 16 ans m’avait donné la certitude d’avoir été un jour fertile. Mais aussi ces derniers mois, la maternité a semblé être partout autour de moi : dans la salle d’attente de la gynécologue où j’entendais les monitorings des battements de coeur à travers les murs, de membres de la famille qui me demandent depuis mon mariage « alors il arrive quand le petit ? », de la grossesse surprise de ma voisine qui garde Litchi pendant mon absence, de cette soirée entre amis où sur dix personnes il y avait deux femmes en fin de grossesse, ou encore sur instagram où les ventres ronds ont semblé bourgeonner au printemps, et qui donnent l’impression que la fertilité est quelque chose de facile, d’acquis.

Mon expérience de traitement contre l’infertilité fût courte de 5 mois, mais elle m’a beaucoup touché et m’a fait me rendre compte de l’omniprésence du sujet de la maternité dans la société. Et pourtant 5 mois, c’est peu quand on sait que beaucoup de personnes vivent cela pendant des années (à ce sujet, je vous conseille fortement le podcast de Cheekmagazine : Il était une fois la PMA).

Alors, après les galères, le suivi médical, les doutes, tout cela a renforcé mes convictions au sujet de la pilule et de la médicalisation du corps des femmes. Même si on me répète que mon cas n’est pas commun, je me demande combien de femmes ont vu comme moi leur corps dans les choux, incapable de repartir de lui même après l’arrêt de la pilule : 1% ? 5% ? Ou plus ? Combien n’aurait pas choisi la pilule en tant que moyen de contraception si elles avaient su ? Et enfin pourquoi ai-je été toute seule face à ça, à devoir aller chercher les praticiens, leur poser des questions pour avoir presque toujours les mêmes réponses, à savoir que c’était la faute de mon corps, que l’on se remet normalement bien de la pilule ?

Voilà la raison pour laquelle j’ai écrit cet article un peu décousu aujourd’hui : pour que grâce à la lecture de mon histoire, quelques personnes puissent peut-être se sentir moins seules, ou commencer à se poser des questions, se renseigner. Notre corps de femme est complexe, puissant et il mérite que l’on se pose des questions au lieu de laisser les praticiens décider pour nous ce qui est bon ou non. Pour moi, la pilule, c’est fini.

Voilà qui conclu cet article, surement un peu brouillon mais écrit à coeur ouvert et je vous remercie d’avoir continué votre lecture jusqu’à la fin. Cela m’intéresserait beaucoup de savoir si certain·e·s d’entre vous ont eu aussi ce genre d’expérience, ou juste d’avoir votre ressenti par rapport à la contraception hormonale en générale. N’hésitez pas pour cela à me laisser un petit commentaire ou à aller sur la page « contact ».

Et sur ce, je vous souhaite à tous une excellente journée !

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6 Comments

  • Reply Manon 8 juillet 2018 at 18 h 59 min

    Ton partage d’expérience m’a beaucoup émue, merci pour avoir écrit cet article. Actuellement la pilule est une contraception idéale pour moi, mais aux vues des différents retours que je lis sur la blogosphère j’appréhende le moment où je devrais l’arrêter :/

    • Reply Élodie 9 juillet 2018 at 8 h 50 min

      Merci Manon pour ton retour, cela fait chaud au coeur que cet article t’ait plu.
      Il y a certes beaucoup d’histoires négatives avec la pilule et son arrêt sur le net mais aussi beaucoup d’autres plus positives, et je te souhaite que tout se passe bien pour toi. Le plus important, c’est de bien écouter son corps, et si tu sens que quelque chose ne se passe pas normalement, il ne faut pas hésiter à suivre ton instinct et demander un suivi (ce qui m’a pris du temps).
      Bonne journée !

  • Reply corinne mariel 8 juillet 2018 at 21 h 04 min

    oui, ton article est très émouvant, surtout sachant que je n’étais pas à tes côté pendant cette épreuve.
    Mais, je suis convaincue que le meilleur est à venir.
    Bisous

    • Reply Élodie 9 juillet 2018 at 8 h 53 min

      Un grand merci pour ton petit mot ♥
      Ces 800kms entre nous ne facilitent pas les choses, mais tu as été un très grand soutien moral tout de même !
      Mille bisous xxx

  • Reply lacourseauxmots 9 juillet 2018 at 11 h 26 min

    Ton article est très touchant, merci à toi d’avoir pris le temps de l’écrire et de partager tes émotions avec nous. Je te souhaite que du positif pour l’avenir, j’espère réellement que comme tu l’as mentionné dans ton article, la bonne voie sur laquelle tu te trouves n’est pas prête de s’arrêter ! 🙂

    • Reply Élodie 9 juillet 2018 at 13 h 53 min

      Merci beaucoup Mélanie, ça me touche beaucoup !

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